Kévin n'a pas qu'un syndrome d'hyperactivité sur le dos.

Kévin a aussi des parents...

Et on a rendez-vous avant d'attaquer les choses sérieuses : la prise en charge individuelle de Kévin.

J'aime assez les premiers entretiens avec les géniteurs, y z ont la trouille, sans doute qu'on leur annonce qu'il va falloir le piquer, ou que c'est génétique ce qu'il a, y en a même qui m'appellent docteur et me demande combien ils me doivent.

Comme d'hab, j'ai pas lu la demande d'aide de l'instit ni le dossier du gamin, tout au feeling, et puis moi j'les classe rien qu'à la coupe de cheveux et là c'est un Kévin pur jus, du pur produit de la zone, une pub pour le quart monde... en les attendant j'imagine...

Ils vont arriver avec un peu d'avance au volant d'une 205 au tuning flamboyant, le papa beau père vétu de son plus beau costume Nike, la maman les bras chargés des jumelles qu'elle vient d'avoir pour, grâce aux allocs, finir de payer l'écran plat. Elle va me dire les larmes zo zieux qu'elle ne sait plus quoi faire, il était si gentil et tellement bon en maternelle, que même que la maitresse croyait qu'il était surdoué, vu qu'il écrivait son prénom en entier au Nutella(md) à la cantine.

Et puis, elle me parlera de ses problèmes à elle quand elle était petite, qu'elle aurait bien continué ses études supérieures brillamment entamées par une quatrième SEGPA où elle décrochait régulièrement les félicitations du professeur de technologie... un vieux monsieur très gentil qui lui offrait des friandises qu'il cachait malicieusement dans les poches de son bleu de travail. Et comment qu'un jour en se penchant pour ramasser une feuille d'automne emportée par le vent, elle s'était retrouvée enceinte de Kévin et qu'elle avait du sursoir à une brillante carrière d'avocate internationale pour embrasser celle, plus hasardeuse de rmiste. Puis elle enchainera sur ses déboires de mère célibataire (ben oui, c'était l'automne et y avait du brouillard), la rencontre avec Bryan sur les bancs de l'ANPE et la naissances des jumelles que depuis Kévin y refuse de travailler...

Pendant ce temps, Bryan, le héros ténébreux reniflera en rythme, ponctuant ainsi la triste histoire de sa compagne (mais ça finit bien puisqu'ils sont toujours ensemble après 18 mois...)surveillant d'un oeil sa bi-progéniture, de l'autre le Kévin toujours prêt à l'action, et du troisième, cher au Dalaï Lama, sa voiture passqu'on sait jamais...

Bon, y sont en retard...

J'aime pas ça, pis Kévin non plus, j'sens bien qu'y va falloir le museler au chewing gum si je veux pas qu'il se roule par terre comme au CP en lecture... Car j'ai un principe : les gosses je leur parle pas tant que j'ai pas vu les parents, ça serait pas professionnel... alors on attend encore cinq minutes et je me casse... sa maîtresse a l'air angoissé d'un yorkshire vu qu'elle commence à me connaitre, elle se dit qu'elle est bonne pour se le coltiner seule l'énergumène, au moins jusqu'à la fin de l'année.

Tiens v'la le toubib du patelin, j'l'aime bien, il est sympa. C'est un gars qui se la pète pas, pas du tout le genre à snober les cul terreux du coin ni nous'aut' les fonctionnaires. Pas bégueule j'vous dit, toujours prêt à boire un coup en se foutant gentiment du chaland qui passe. On s'entend bien tous les deux, on serait pécheurs qu'on irait ensemble taquiner le goujon. Me demande ce qu'il vient faire ici, ça se trouve j'ai zappé une réunion d'intégration et me v'la parti jusqu'à pas d'heures...

Et le Kévin qui lui saute au coup en criant "papa !"

Et merde, j'vais devoir changer de médecin.