Aujourd’hui Prescilla m’a parlé de sa maman.

- - Dis, je voudrais bien faire un cadeau à ma maman, on pourrait fabriquer quelque chose pour la fête des mères, diiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis ???

J’ai regardé autour de moi, y a bien de la vieille pâte à modeler, tu sais avec toutes les couleurs qui se mélangent joliment, c’est tout irisé comme les mouettes sur les plages après les marées noires, de la colle, non, raté elle est toute sèche, quelques feutres aux bouts tous mâchouillés par le petit Carlos, et des morceaux de playmobils éparts, bref :  rien de bien terrible et puis bon, y a les règles sacrées de la Rééducation, telles qu’elles furent énoncées le 1er juillet 1566 par Michel de Nostredame :

« Point ne te blesseras, point ne ramèneras, point n’emporteras, toujours feras semblant, et ainsi dans sept ans rééduqué tu seras ! » ce à quoi, il rajouta « aaaaaaaaaaaaaaaargh ! » et mourut.

Et voilà pour lui.

- - Mais dis-moi, jeune effrontée, aurais-tu oublié où tu te trouves ? Ici, il y a des règles, pardon, des REGLES. J’entends ta requête, mais te demande de les relire attentivement…

-  - D’abord, je sais pas lire, et puis c’est pas pareil, moi ma maman elle est malade.

- - Peut-être, (m… où j’ai mis son dossier, ah oui, j’ai oublié de le faire…) mais, tu sais, il y a des r…

- - Même qu’elle a un cancer et c’est très grave.

-  - Bien sur, mais tu sais …

-  - Même qu’elle va mourir…

-  - Et oui, mais, tu …

-  - C’est passqu’elle peut plus respirer à cause de la drogue ! et des cigarettes !

-  - Mais…

-  - Y sont tout noirs ses poumons, parfois elle peut pas parler et les docteurs y me laissent pas entrer dans la chambre. Je dois rester dans le couloir. Les infirmières elles sont gentilles, elles nous donnent des bonbons et du coca à l’ailte, même qu’on sent pas l’ail du tout.

- - Peut-être bien, mais ici on n’est pas à l’hôpital, et y a même pas de distributeur, et celle qui va pas bien ici, c’est pas ta mère… et que d’abord c’est celui qui le dit qui y est…, rétorqué-je, car quand je veux, j’ai la répartie cinglante., et puis y a le cadre rééducatif, qui faut pas qu’on y touche, c’est comme ça.

-  - Si tu veux, on le dira pas, qu’on a fait un cadeau à maman, je dirai pas à la maikresse et tu te feras pas gronder, magnanima-t-elle.

-  - …

-  - Alleeeeeeeeeeeeez, dis oui !

Et là, j’ai honte amie lectrice, j’ai trahi les règles de base de mon sein sacerdoce, et pas qu’un peu… (Promis je ferai pénitence.)

On est sorti, ensemble, en cachette, de mon bureau, doucement, on a parcouru les couloirs du primaire sans se faire attraper.

Précilla faisait le gué, on est sorti de l’école, juste à coté il y a un petit bosquet, on a ramassé quelques morceaux de bois et des jolis cailloux, puis on est rentré, comme on était venu, discrétos, j’ai piqué un peu de colle magique dans l’armoire de la directrice, on a repassé la porte de la salle du RASED et là, enfin, j’ai recommencé à respirer.

Et on a fabriqué un cadeau.

Et elle est partie avec !

Na !

Tant pis pour les règles, on pourra pas dire que j’ai pas un bon fond.

En plus, j’ai pu discerner en Prescilla une véritable âme d’artiste.



C’est vraiment un très joli cendrier.