Je sais, vous allez me traiter d'illuminé, de pervers polymorphe ou de bulot soumis à la théorie du complot mais je persiste à penser que le Kévin n'est pas le fruit du hasard, il y a un but secret à son existence et ce n'est pas seulement de me faire chier ! En plus, moi j’suis pas du matin, alors bon faudrait voir à pas m’courir non plus !

Il est bon parfois de nourrir sa paranoïa d’une bonne dose d’observation scientifique pour ne pas sombrer dans la torpeur sucrée où voudrait nous maintenir un ministère dont je n’ose dire le nom même à voix basse.
Arrêtons-nous un instant et observons Kévin.

Le regard se pose d’abord sur une touffe de cheveux qui font dans l’ordre le désespoir d’un peigne et d’une mère un peu dépassée par des épis rebelles, car, oui ce Kévin ci est plus qu’un peu une caricature : le cliché du cancre dont on sait qu’il finira bien à la fin du film. Une espèce de Pierre Morhange, même qu’on aimerait être son découvreur : chez tous les enseignants ‘pécialisés ou pas y a un fantasme d’être m’sieur Clément, ou à la rigueur le Keating du Cercle des poètes disparus, voire Victor Novak mais là c’est vachement plus dur à imaginer.

Mais point de digressions aujourd’hui, j’irai droit au but telle la flèche du petit cupidon qui darde ses projectiles sur les seins naissants de Precilia que lorgne le Kévin en ce printemps qui n’a de saison que le nom vu que le réchauffement climatique nous a tout pourri le climat mais bon vu l’prix du pétrole elle va pas se réchauffer longtemps la planète, n’empêche c’qui nous faudrait c’est une bonne guerre froide… Mais si je continue à m’interrompre, je le finirai jamais cet article, et c’est pas moi qui aie un syndrome déficitaire de l’attention, m’en serais rendu compte tout de même… non ? si !

Et pourquoi pas parler tout seul, hein ? Mais non, y a les lectrices, même qu’elles laissent des commentaires, mais qu’est-ce qui me dit que c’est pas moi tout seul qui la nuit redescend à l’ordi pour me les envoyer les commentaires sur ce blog, putain y a pas à dire, si ça se trouve, j’suis sous psychotropes et même moi je le sais pas…

Non mais tu te rends compte, c’est épuisant d’être schizophrène.

Kévin réfléchit, et pas seulement les longueurs d’onde de la lumière visible, il a les yeux braqués sur le cahier du jour. Il sent bien qu’il devrait faire quelque chose, au fond de lui, il aimerait faire plaisir à sa maikresse, mais les mots sautent tous seuls dans tous les sens, les images du problème de math se mettent à grandir et à occuper la table entière.

De peur d’être submergé par l’encre, il se saisit bravement de son double décimètre et se lance dans un combat dont il sait pourtant qu’il finira vaincu. Mais Kévin est brave et courageux, à quelques siècles d’ici il aurait été mousquetaire, trafiquant d’esclave ou pirate des caraïbes 3.

Le monde de Kévin n’est pas limité par les murs verts « choux bouillis » de la classe des CE2, (vous avez remarqué la propension de tous les murs de n’importe quelle administration à finir par se ressembler tous) et il s’étend bien au-delà des grilles qui entourent la cour de récré, loin au-delà de la ville au pays des Pokémons en sucre qui font bien chier l’orthodontiste, là ou c’est Bob l’éponge qui s’envoie des lignes d’écriture à s’en faire exploser les synapses.

Le cerveau gauche de Kévin s’est arrêté de fonctionner avant qu’on lui ait laissé la moindre chance de s’en tirer avec une explication logique et formelle.

Mais ne nous leurrons pas, Kévin a de forte chance de n’être plus tard ni humoriste, ni artiste, ni poète, juste un con sans imagination aucune, voire même un fonctionnaire. Et ce quoiqu’on fasse pour l’aider (ou pas), passque faudrait quand même pas à votre âge qu’on vous laisse croire encore que c’est pas le talent qui fait le talentueux mais le travail et les opportunités ! Tout le monde ne nait pas Cindy Sanders !

Kévin a l’air un peu gêné par son appareil dentaire, alors ils le pose sur le cahier du jour : c’est très joli à voir, comme il écrit au stylo plume, une tache bleue, mélange de bave et d’encre turquoise, (du genre incompatible avec les effaceurs vous vous en doutiez) s’épanouit au beau milieu de la dictée, emportant avec elle les accords du participe passé que même dans tes rêves il n’avait jamais songé à graver entre ses lignes seyes.(encore que c’est bien prétentieux pour les quelques signes entre cabalistiques et rupestres qui ornent le joli cahier rouge en se gardant bien de chevaucher de vulgaires interlignes)

La maikresse l’a vu, bien vite, elle détourne les yeux pour ne pas avoir à faire une réflexion, une fois elle lui a proposé de détacher délicatement la page, l’ensemble de la classe se rappelle encore ce moment avec émotion… Elle évite également de me regarder, elle sait que je suis en observation neutre dans sa classe.

Kévin met l’équivalent énergétique d’une petite centrale nucléaire ukrainienne à ne surtout pas faire ce que l’école attend de lui, et comme toute centrale des pays de l’est, il fuit un ch’tit peu sur ses voisins, contagieux j’vous dis, faudrait pas autoriser la culture des Kévin en plein champs, à coté des élevages de morveux bien comme il faut !

Comment imaginer un instant qu'une telle perfection  puisse être le fruit de mère nature. Non non et non, mère nature a certes produit le yorkshire et la palourde qui sont des modèles d'évolution, mais elle a mis des millions d'années, tandis que le Kévin, lui, il n'a que 9 ans !

C'est pas un signe ça ?