superrééduc

Rééducateur de l'éducation Nationale, vous savez pas ce que c'est... p'tet bien que moi non plus d'ailleurs... Un blog dédié à toutes les quiches et leurs parents.

17 septembre 2008

108 heures et demi

C'est l'effervescence dans le landernau local, ça discutaille farouche dans les cours de récré entre les zuns zet les zaut's, les ceusses qui sont farouchement pour, les ceusses farouchement contre. (Et pis faut bien avouer les ceusses (moi) qui s'en foutent un peu... )
J'vous fais l'topo pour les gens qui sont pas de la maison et/ou qui ont eu la bonne idée de n'avoir pas d'enfants en âge scolaire, ou alors placés dans des foyers sociozéducatifs et là ça devient le problème des éducateurs, faut bien qu'ils bossent un peu fainéants ! (je salue au passage les zéducateurs de foyer socio-éducatif qui me lisent pendant que les momes se droguent dans la salle commune, ah elle est belle la France, vivement les élections ! ça m'étonnerais que Mc Cain y s'laisse faire...) donc, pitite explication de texte pour vous autres pov'gens même pas zinstits :

Notre bien aimé ministre, grâce lui soit rendue jusqu'à la cinquième génération, nous a fait passer à la semaine de quatre jour, ce qui est déjà en soit une performance épistémologique sans précédent mais attends : c'est pas tout.

Donc exit le samedi matin ou le mercredi matin, chouette on va pouvoir doubler les heures de catéchisme !
Mais les profdézécoles restent sur 27 heures hebdomadaires de ce que je n'hésiterai pas à appeler de travail surtout si on compare à la poste ou à la dde.

ça va vous suivez ?

Donc les zenfants chéris font 24 zheures.

Les zenseignants bien aimés 27 zheures.

Oui Kévin, c'est pas pareil ! (c'est fou c'qu'il progresse ce gosse...)

Comme on est ouvert 36 semaines, ça nous fait un manque à gagner de... 36 x 3 = 108 zheures que les zenseignants du primaire y doivent se débrouiller pour faire sinon qu'on va pas leur donner leurs sous et qu'y pourront pas aider à la reprise de la croissance, que ça m'étonnerais pas de leur part qu'ils fassent pas un effort pour aider notre pays bien aimé qui à tant souffert de la politique agricole commune et des congés payés, putain de gauchistes va !

Là, tout de suite, je me rends compte que les justement pas zinstits qui lisent ça, y doivent commencer à penser que quand même 27 x 36 = 972 heures par an... c'est peu... ben ouais mon con, t'avais qu'à bosser un peu et passer le concours au lieu de courir la gueuse et boire des coups...
non mais...
Et pis en fait on peut travailler plus si on veut.

Mais là on parle juste des 108 heures...
Alors notre souverain pontife ministre (que Dieu le préserve) il a dit que on pourrait p'tet s'occuper des cons en les aidant à être moins con, passque ça c'est pas prévu dans les zautres 24 heures, et pis en plus avec le nouveau programme, (qu'il soit béni), ça m'étonnerai qu'il en reste des cons... Alors là, j'entends tout le monde applaudir et ça, ça prouve qu'il reste des zommes et des femmes de bonne volonté.

Et quand c'est-y qu'on va les évoluer les cons ? Ben c'est pendant les 108 heures !

Fallait y penser.

Faut dire que son Altesse,le ministre (que Yahvée le protège à jamais) lui, il en a jamais eu besoin des 108 heures...

Mais quand même, chassez le naturel, il revient au galop des circulaires plein les sacoches, les 108 heures se sont déjà transformée en 60 pour laisser la place à des réunions, des conseils de machins et assemblées de trucs vachement importants pour l'homo fonctionarius qui someille en nous tous.

Bon les 60 heures, ça m'étonnerais pas qu'elles se prennent une 'tite claque histoire d'avoir du temps de réflexion-méditation...

Et en fait c'est pas plus mal passque si on nous pique nos cons et que d'un seul coup on est au chomage on va s'ennuyer quand la saison des champignons sera finie ! On aura beau faire des synthèses, ce sera plus pareil...

La prochaine fois, j'vous raconte une réunion de mise en place de l'aide, ça a l'air chiant comme ça mais pour de vrai ça vaut son pesant de cacahuettes...

NB : vous voudrez bien remplacer "con" par "élève en difficulté", désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris... promis... Dieu me flagelle !

Posté par superreeduc à 19:13 - la Théorie - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


03 septembre 2008

Back to school

Les braillements incessants de quelques morveux au teint rouge brique, agrippés à une mère larmoyante de façade (passqu'en vrai il lui tarde d'avoir enfin largué son monstre pour aller se faire réconforter la libido par l'installateur de 9 télécom tandis que son conjoint (et je pèse mes mots...) de mari poireaute consciencieusement au guichet 21 des Assedic afin de percevoir ses émoluments honnêtement gagnés sur l'autel de la sieste et de la recherche active d'un poste à hautes responsabilité aux PTT), les braillements disais-je, ont tendance à me les briser menues surtout s'ils durent.

Et là, ils durent.

Le travail, que dis-je le travail... la mission, que dis-je la mission... le sacrifice glorieux de Superrééducateur, consistant en ce début d'année à accompagner les « pov'chéris » dans leur première rentrée à l'école maternelle et ce dès leurs deux ans, le trou du cul fraichement torché et l'accident de vessie jamais loin.

L'enfant de deux ans est en effet un être totalement à part dans le règne animal qui ne s'apparente à aucun mammifère supérieur. Il s'agit d'un intestin un peu élaboré muni à ses deux extrémités d'orifices soit bruyants soit malodorants mais en aucun cas propices à la méditation transcendantale dont s'abreuvent les disciples du Dallai Lama (qui n'ont pas vraiment brillé aux JO soit dit en passant)

Le jour de la rentrée ils sont accompagnés par des utérus sur pattes, leurs hormones en avant tel l'étendard de Jehanne qui, elle au moins, sut rester pucelle, qui viennent nous montrer combien en bonne mère elles ont du mal à lâcher la septième merveille du monde en ce cloaque cacophonique qu'est la toute petite section.

La jeune instit, c'est sa première rentrée aussi, je la sens un peu fébrile, n'écoutant que mon professionnalisme, je ne me permets pas de la conseiller directement : à peine lui glissai-je : « Je pourrai pas rester longtemps, je vais juste t'aider à accueillir les parents... » et là perfide que je suis, je rajoute « Tu vas voir, on sera pas trop de deux... »

Je m'éclipse donc discrètement me faire un café car j’entends le troupeau qui se pointe au bout du couloir et je m'en voudrais de lui voler la vedette...

Quand je reviens, un petit quart d'heure plus tard le concert a commencé, il y a des braillards partout dans le couloir, quatre mamans dans la classe le kleenex à la main et le rimmel ruisselant, une grand-mère qui essaie subrepticement de repartir avec son petit fils, deux papas en larme et un autre prostré, l'Atsem court d'un mouflet à l'autre pour éviter les évasions, en jetant des regards furibonds sur la jeune maitresse qui arbore un sourire un peu figé, le regard vide en regrettant amèrement de n'avoir pas brillé au concours administratif des douanes françaises.

Me rappelant de vagues souvenirs hospitaliers, je « allons, allons » et autre « voyons, voyons » parmi les adultes présents en leur desserrant les mains des poignets de leurs marmots avant la fracture et en les poussant délicatement (vous me connaissez) mais fermement (vous me connaissez aussi) vers la sortie, je les rassure en leur affirmant qu'il est normal de souffrir un peu quand on abandonne son enfant qui jamais ne pourra plus vous regarder de la même façon, mais que, baste, c'est la vie et qu'elles ont eu le courage de les laisser aujourd'hui alors qu'elles auraient pu attendre qu'il ait six ans, âge de la scolarité obligatoire... mais qu'il est trop tard pour revenir sur sa décision, c'est fait c'est fait. Les ayant ainsi rassuré et ayant pris soin également de ramener la maitresse à l'intérieur de la classe, elle qui, coquine, avait profité du bazar pour tenter de passer inaperçue et de quitter le champ de bataille, (mais on ne la fait pas à Superrééducateur...) je rentre dans la classe et pousse un grognement d'ours... Les chiards interloqués se taisent, les plus émus se font un peu dessus, mais bon, ça c'est les risques du métier... « Les enfants, vos mamans sont parties, peut-être pour toujours, si vous voulez les revoir il va falloir obéir à la maitresse qui a l'air très gentille mais c'est juste pour rassurer vos parents ! Donc maintenant vous allez tous vous assoir aux bancs avec les mains sur les genoux comme le petit Grégoire dans son fauteuil roulant, non, sans baver, ce n'est pas nécessaire...  Allez, les enfants, soyez sages et à bientôt... »

Et là, fier du devoir accompli je m'en vais modestement, sur la pointe des pieds en songeant à tous ces petits traumatisés que je viens de me fabriquer et qui d'ici deux trois ans me permettrons de continuer mes aventures...

C'est pas beau ça ?

Posté par superreeduc à 18:03 - Les aventures du RASED - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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