Je vins au monde un jeudi, unique fruit d'une institutrice consciencieuse qui ne se serait sûrement pas permise d'accoucher un autre jour. (cher Kévin apprends donc qu'en cette époque bénie et lointaine, le congé hebdomadaire était le jeudi, jour du manège enchanté)

J'aimerais dire que j'eus une enfance malheureuse et que je n'en sortis que grâce à la force de mon caractère et à un cirque itinérant qui passait par là et m'entraîna dans de folles aventures, m'obligeant à voler pour eux jusqu'à ce que je m'enfuisse et les dénonce à la maréchaussée (les gens du voyages étant tous des voleurs et des brigands avec leurs guitares, leurs bandanas et leurs clichés...).

Las, mon enfance fut rien moins que banale à tendance chiante, parsemée ça et là de quelques moments festifs où je dépiautais des fourmis après les avoir brûlées à la loupe comme  me l'avait appris mon papa.

Point besoin d'un autre essai après m'avoir eu, me fut donc épargnée la honte d'avoir un frère où une soeur : sages qu'ils  étaient mes parents surent se contenter de m'offrir un chien, de race bien entendu, c'était un noble setter irlandais qui répondait (parfois) au nom d'Ulysse, n'acceptait d'ordre qu'en gaéllique et bavait copieusement sur mes cheveux bouclés pendant les longs voyages nous menant sur les lieux de nos villégiatures estivales.

Mes parents officiaient dans une école publique, où mère faisait en cachette brûler des cierges en demandant au Seigneur de lui pardonner d'avoir épousé un rustre ça se trouve franc maçon qui dissimulait sous un physique agréable les cornes d'un suppôt de Satan anticlérical qui allait sans doute lui faire regretter de n'être pas rentrée dans les ordres comme son statut de cadette l'aurait voulu. Hélas, le regard tombant d'épagneul breton (dont j'ai hérité du coté droit celà dit, merci papa) lui avait fait perdre la tête et boum, la voilà loin du manoir familial durement gagné pendant l'occupation... à enseigner les taches ménagères à une classe de 49 élèves au QI cumulé de 112 car à l'époque les crétinettes campagnardes avaient droit (et devoir) à l'école ménagère jusqu'à ce qu'elles trouvent un mari ou un curé dont elles seraient la bonne pour les plus moches d'entre elles.

Mon père s'était retrouvé là après ses "colonies" : deux ans passés au soleil de Dakkar à attendre qu'on oublie de lui rappeler la guerre d'algérie où il n'avait pas, mais alors pas du tout l'intention de donner son corps ni son cul.
Habitué qu'il était à alphabétiser le tirailleur, il s'était retrouvé en Normandie à prêcher la bonne parole laïque à des culs terreux tentant pour la cinquième fois le certificat d'étude qu'on arbore fièrement de nos jours pour montrer à ces p'tits jeunes qu'à l'époque c'était quec'chose le respect de l'école.

Ils s'était donc rencontrés à une conférence pédagogique où comme maintenant on s'emmerdait, en bon fils je n'ose imaginer ce qu'ils se dirent et firent, toujours est-il que me voilà.

Je fus des lors élevé dans le respect de la religion, de l'état et de l'autorité bienveillant et conjointe du pape et du parti socialiste, j'appris à lire les saintes écritures et hara kiri.

Mère m'enseigna la lecture, Père les conneries autour, de cette époque je n'ai grand souvenir, à leur grand dam  l'école primaire me glissa dessus comme un pet sur de la toile cirée, mon respect profond pour mes vieux chers parents me laissant penser que j'y pris quelque plaisir, bien que confusément il me semble tout de même me rappeler m'y être bien fait chier...