22 octobre 2008
l'enfant qui murmurait à l'oreille des poubelles
- Tu vas voir, il est bizarre...
Ah oui, c'est vrai, il l'est...
bizarre.
Nicolas, que nous appellerons Kévin pour préserver son anonymat, quoiqu'il m'étonnerait beaucoup qu'il lise ce papier, Kévin, donc, parle à la poubelle qui est près du bureau : la jolie corbeille tressée à la main en plastique noir, sans doute par un enfant gâté au Pakistan (quand on mange, on est gâté, n'en déplaise à sœur Emmanuelle)
Enfin, quand je dis parle, il chuchote, car Nico Kévin est bien élevé (décidément, Kévin ça va pas , appelons le Chrisostome, ce sera plus simple...)! Il ne voudrait pour rien au monde interrompre la classe, d'ailleurs la poubelle lui a bien dit que si il gênait la maitresse, elle serait obligé de l'avaler tout cru. (la poubelle, pas la maitresse, et lui, pas elle, suivez un peu dans le fond !)
Donc Chrisostome discute avec la poubelle, en fait il négocie, pensez : il a pas envie de se faire avaler tout cru par une poubelle pakistanaise, et c'est pas parcequ'elle est pakistanaise car Chrisostome n'est pas raciste.
La preuve, il s'entend super bien avec ses crayons de couleur.
Sauf le vert.
Mais lui c'est un bêcheur.
D'ailleurs ses crayons, il les sort sur sa table pour les aérer (qu'il dit, en vrai c'est pour pas qu'ils s'ennuient dans sa trousse...)
L'autre poubelle du fond de la classe, elle est moins vache que celle du bureau, mais c'est parce qu'elle est près de la porte, ça se trouve elle cherche à s'évader.
Chrisostome a six ans et un bonnet qui en n'en a que deux mais qui sait super bien lire, il sait que s'il le garde sur la tête le matin, il apprendra à lire lui aussi.
Pis a écrire aussi.
Mais pas avec le crayon vert.
25 mai 2008
Les KGM
Je sais, vous allez me traiter d'illuminé, de pervers polymorphe ou de bulot soumis à la théorie du complot mais je persiste à penser que le Kévin n'est pas le fruit du hasard, il y a un but secret à son existence et ce n'est pas seulement de me faire chier ! En plus, moi j’suis pas du matin, alors bon faudrait voir à pas m’courir non plus !
Il est bon parfois de nourrir sa
paranoïa d’une bonne dose d’observation scientifique pour ne pas sombrer dans
la torpeur sucrée où voudrait nous maintenir un ministère dont je n’ose dire le
nom même à voix basse.
Arrêtons-nous un instant et observons Kévin.
Le regard se pose d’abord sur une touffe de cheveux qui font dans l’ordre le désespoir d’un peigne et d’une mère un peu dépassée par des épis rebelles, car, oui ce Kévin ci est plus qu’un peu une caricature : le cliché du cancre dont on sait qu’il finira bien à la fin du film. Une espèce de Pierre Morhange, même qu’on aimerait être son découvreur : chez tous les enseignants ‘pécialisés ou pas y a un fantasme d’être m’sieur Clément, ou à la rigueur le Keating du Cercle des poètes disparus, voire Victor Novak mais là c’est vachement plus dur à imaginer.
Mais point de digressions aujourd’hui, j’irai droit au but telle la flèche du petit cupidon qui darde ses projectiles sur les seins naissants de Precilia que lorgne le Kévin en ce printemps qui n’a de saison que le nom vu que le réchauffement climatique nous a tout pourri le climat mais bon vu l’prix du pétrole elle va pas se réchauffer longtemps la planète, n’empêche c’qui nous faudrait c’est une bonne guerre froide… Mais si je continue à m’interrompre, je le finirai jamais cet article, et c’est pas moi qui aie un syndrome déficitaire de l’attention, m’en serais rendu compte tout de même… non ? si !
Et pourquoi pas parler tout seul, hein ? Mais non, y a les lectrices, même qu’elles laissent des commentaires, mais qu’est-ce qui me dit que c’est pas moi tout seul qui la nuit redescend à l’ordi pour me les envoyer les commentaires sur ce blog, putain y a pas à dire, si ça se trouve, j’suis sous psychotropes et même moi je le sais pas…
Non mais tu te rends compte, c’est épuisant d’être schizophrène.
Kévin réfléchit, et pas seulement les longueurs d’onde de la lumière visible, il a les yeux braqués sur le cahier du jour. Il sent bien qu’il devrait faire quelque chose, au fond de lui, il aimerait faire plaisir à sa maikresse, mais les mots sautent tous seuls dans tous les sens, les images du problème de math se mettent à grandir et à occuper la table entière.
De peur d’être submergé par l’encre, il se saisit bravement de son double décimètre et se lance dans un combat dont il sait pourtant qu’il finira vaincu. Mais Kévin est brave et courageux, à quelques siècles d’ici il aurait été mousquetaire, trafiquant d’esclave ou pirate des caraïbes 3.
Le monde de Kévin n’est pas limité par les murs verts « choux bouillis » de la classe des CE2, (vous avez remarqué la propension de tous les murs de n’importe quelle administration à finir par se ressembler tous) et il s’étend bien au-delà des grilles qui entourent la cour de récré, loin au-delà de la ville au pays des Pokémons en sucre qui font bien chier l’orthodontiste, là ou c’est Bob l’éponge qui s’envoie des lignes d’écriture à s’en faire exploser les synapses.
Le cerveau gauche de Kévin s’est arrêté de fonctionner avant qu’on lui ait laissé la moindre chance de s’en tirer avec une explication logique et formelle.
Mais ne nous leurrons pas, Kévin a de forte chance de n’être plus tard ni humoriste, ni artiste, ni poète, juste un con sans imagination aucune, voire même un fonctionnaire. Et ce quoiqu’on fasse pour l’aider (ou pas), passque faudrait quand même pas à votre âge qu’on vous laisse croire encore que c’est pas le talent qui fait le talentueux mais le travail et les opportunités ! Tout le monde ne nait pas Cindy Sanders !
Kévin a l’air un peu gêné par son appareil dentaire, alors ils le pose sur le cahier du jour : c’est très joli à voir, comme il écrit au stylo plume, une tache bleue, mélange de bave et d’encre turquoise, (du genre incompatible avec les effaceurs vous vous en doutiez) s’épanouit au beau milieu de la dictée, emportant avec elle les accords du participe passé que même dans tes rêves il n’avait jamais songé à graver entre ses lignes seyes.(encore que c’est bien prétentieux pour les quelques signes entre cabalistiques et rupestres qui ornent le joli cahier rouge en se gardant bien de chevaucher de vulgaires interlignes)
La maikresse l’a vu, bien vite, elle détourne les yeux pour ne pas avoir à faire une réflexion, une fois elle lui a proposé de détacher délicatement la page, l’ensemble de la classe se rappelle encore ce moment avec émotion… Elle évite également de me regarder, elle sait que je suis en observation neutre dans sa classe.
Kévin met l’équivalent énergétique d’une petite centrale nucléaire ukrainienne à ne surtout pas faire ce que l’école attend de lui, et comme toute centrale des pays de l’est, il fuit un ch’tit peu sur ses voisins, contagieux j’vous dis, faudrait pas autoriser la culture des Kévin en plein champs, à coté des élevages de morveux bien comme il faut !
Comment imaginer un instant qu'une telle perfection puisse être le fruit de mère nature. Non non et non, mère nature a certes produit le yorkshire et la palourde qui sont des modèles d'évolution, mais elle a mis des millions d'années, tandis que le Kévin, lui, il n'a que 9 ans !
C'est pas un signe ça ?
20 mai 2008
On a tous en nous quelquechose de Kévin
Tandis que ses camarades se concentrent sur leurs exercices de grammaire, Kévin se cure consciencieusement l'intérieur de la narine gauche, ce qui est, vous en conviendrez, le signe d'une prééminence du cerveau droit, et montre donc une impossibilité neuro physiologique du sujet à accorder le participe passé.
Impossibilité qu'on ne retrouve par ailleurs que chez les grands artistes et certains enseignants du secondaires que nous ne nommerons pas ici par respect pour Proctor.
Son curage accompli, Kévin s'attaque à la boulette : alors là plus de trouble déficitaire de l'attention ! Kévin est concentré sur la tâche : ni trop grosse, ni trop sèche, la boulette de morve se doit d'avoir une consistance et une légèreté telle qu'elle ira sans peine se loger dans les cheveux de Myriam trois tables plus loin. La pichenette est précise et le coup imparable, avec l'aide de Dieu et grâce à ses allergies printanières qui lui font couler l'appendice nasal, Kévin va pouvoir redécorer son amie avant la récré : moins de temps qu'il n'en faut au pachyderme de M6 pour transformer le pavillon des Bidochons en palais de "Barbie trop hype" !
Et me voilà à l'observer du fond de la classe, et la nostalgie me prends à la gorge, c'était il y a ...
Oh putain déjà ?
Nous étions en 5ème. J'étais le plus petit de la classe. Quand ils ne me jetaient pas des pierres, mes camarades m'entrainaient avec eux dans des jeux tous plus originaux les uns que les autres, un jour m'enfermant dans le local à poubelles, un autre dans les chiottes, ils m'affublaient de petits noms affectueux "connard", "lèche-cul" et surtout "sac-à-merde",( las, on n'entend plus dans les écoles fuser ces surnoms fleuris) Tel un électroaimant toujours alimenté, j'attirais le con avec une régularité dont je suis fier encore aujourd'hui.
Bien entendu ça faisait beaucoup rire les filles de la classe qui regardaient amoureusement de leurs grands yeux bovins et pubères mes tortionnaires aux boutons d'acné qui en disaient tant sur leur virilité naissante, quoiqu'à l'époque leur virilité naissante, ils pouvaient toujours se la mettre sous le bras vu qu'on n'attaquait les travaux pratiques qu'une fois le bac en poche.
Je m'installais au fond de la classe, tant pour avoir l'air rebelle que pour n'avoir personne derrière moi, et là, comme Kévin, je sculptais mes déjections nasales avec application (mais toujours de la narine droite car j'ai la fibre logico-mathématique) rêvant de vengeances et de combats glorieux où les filles de 5ème me verraient enfin sous mon vrai visage : pas qui s'la pête mais fier tout de même. A mes pieds, soumis et tremblants, mes adversaires imploreraient mon pardon que je leur accorderais volontiers, histoire de les humilier un peu plus. Mais ce n'était que rêveries et fantasmes...
Alors, d'une main gauche rendue habile par l'entrainement, je catapultais systématiquement mes crottes de nez sur Isabelle, qui était encore plus petite que moi, avait eu la polio et en gardait une démarche bancale et un regard profond.
Elle, j'étais sur qu'elle ne me dirait rien.
Ainsi obtins-je pour la première fois un sourire de Framboise : la fille du charcutier-traiteur qui avait hérité de ce prénom à la con d'une maman esthéticienne ayant connu les frissons des amours interdites avec un étudiant soixante-huitard lors qu'elle était en formation et qui en avait gardé en plus de chlamydias une admiration sans borne pour les prénoms fruitiers (sa sœur s'appelait Camomille)
Notre histoire n'alla malheureusement pas plus loin que ce sourire et jamais je ne pus lui effleurer les tétés.
Mais je sus ce jour-là que pour approcher Barbie sans le physique de Ken, mieux valait-il s'en prendre à Cosette...
Kévin est content, repus, il a le nez vide ! L'oxygène qui lui envahit les poumons va peut-être lui aérer les neuronnes, mais n'y croyons pas trop.
Il m'a enfin aperçu, se lève discrètement en renversant la table de son voisin et piétine deux cartables pour me rejoindre dans de nouvelles aventures rééducatives.
Sa maîtresse aussi a l'air de respirer mieux de le savoir parti pour 45 minutes.
Aujourd'hui, j'ai sorti le trampoline, on va enfin savoir si le plafond est vraiment trop bas...
02 mai 2008
Le cadeau
Aujourd’hui Prescilla m’a parlé de sa maman.
- - Dis, je voudrais bien faire un cadeau à
ma maman, on pourrait fabriquer quelque chose pour la fête des mères,
diiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis ???
J’ai regardé autour de moi, y a bien de la vieille
pâte à modeler, tu sais avec toutes les couleurs qui se mélangent joliment, c’est
tout irisé comme les mouettes sur les plages après les marées noires, de la
colle, non, raté elle est toute sèche, quelques feutres aux bouts tous mâchouillés
par le petit Carlos, et des morceaux de playmobils éparts, bref : rien de bien terrible et puis bon, y a les
règles sacrées de la Rééducation, telles qu’elles furent énoncées le 1er
juillet 1566 par Michel de Nostredame :
« Point ne te blesseras, point ne ramèneras,
point n’emporteras, toujours feras semblant, et ainsi dans sept ans rééduqué tu
seras ! » ce à quoi, il rajouta « aaaaaaaaaaaaaaaargh ! »
et mourut.
Et voilà pour lui.
- - Mais dis-moi, jeune effrontée, aurais-tu oublié où tu
te trouves ? Ici, il y a des règles, pardon, des REGLES. J’entends ta requête,
mais te demande de les relire attentivement…
- - D’abord, je sais pas lire, et puis c’est pas pareil,
moi ma maman elle est malade.
- - Peut-être, (m… où j’ai mis son dossier, ah oui, j’ai
oublié de le faire…) mais, tu sais, il y a des r…
- - Même qu’elle a un cancer et c’est très grave.
- - Bien sur, mais tu sais …
- - Même qu’elle va mourir…
- - Et oui, mais, tu …
- - C’est passqu’elle peut plus respirer à cause de la
drogue ! et des cigarettes !
- - Mais…
- - Y sont tout noirs ses poumons, parfois elle peut pas
parler et les docteurs y me laissent pas entrer dans la chambre. Je dois rester
dans le couloir. Les infirmières elles sont gentilles, elles nous donnent des
bonbons et du coca à l’ailte, même qu’on sent pas l’ail du tout.
- - Peut-être bien, mais ici on n’est pas à l’hôpital, et
y a même pas de distributeur, et celle qui va pas bien ici, c’est pas ta mère…
et que d’abord c’est celui qui le dit qui y est…, rétorqué-je, car quand je
veux, j’ai la répartie cinglante., et puis y a le cadre rééducatif, qui faut
pas qu’on y touche, c’est comme ça.
- - Si tu veux, on le dira pas, qu’on a fait un cadeau à
maman, je dirai pas à la maikresse et tu te feras pas gronder,
magnanima-t-elle.
- - …
- - Alleeeeeeeeeeeeez, dis oui !
Et là, j’ai honte amie lectrice, j’ai trahi les règles de base de mon sein
sacerdoce, et pas qu’un peu… (Promis je ferai pénitence.)
On est sorti, ensemble, en cachette, de mon bureau, doucement, on a
parcouru les couloirs du primaire sans se faire attraper.
Précilla faisait le gué, on est sorti de l’école, juste à coté il y a un
petit bosquet, on a ramassé quelques morceaux de bois et des jolis cailloux,
puis on est rentré, comme on était venu, discrétos, j’ai piqué un peu de colle
magique dans l’armoire de la directrice, on a repassé la porte de la salle du
RASED et là, enfin, j’ai recommencé à respirer.
Et on a fabriqué un cadeau.
Et elle est partie avec !
Na !
Tant pis pour les règles, on pourra pas dire que j’ai pas un bon fond.
En plus, j’ai pu discerner en Prescilla une véritable âme d’artiste.
C’est vraiment un très joli cendrier.
28 avril 2008
De la rééducation à l'exorcisme
Kévin est possédé.
Non, sans blague, à part ça j'vois pas...
Aujourd'hui il me parle et je comprend rien, me d'mande si y s'est pas mis à causer à l'envers, comme dans le film l'exorciste... déjà qu'en plus de la morve au nez, il a toujours un discret filet de bave qui le relie à la table.
Discrètement j'y tourne autour histoire de voir si par hasard sa tête elle pivoterais pas sur 360°, température de fusion diabolique s'il en est... Mais non, il se trémousse en couinant "On noue à chachach ! On noue à chachach ! oh mouiiiiii" mais moi je sais bien que parfois, que dis-je parfois : souvent, souvent donc, le diable revet les avis du benêt afin d'attirer l'innocente brebis en ses filets ( l'innocente brebis, c'est moi, suivez un peu !)
L'air de pas y toucher, je progresse discrètement vers l'étagère "Mozart enfant", ainsi nommée en hommage aux valeureux objets survivants qui ont à un moment donné de leur existence servi à produire des sons qui s'il n'étaient harmonieux se distinguaient du beuglement primitif des Kévins en tout genre. Las, il ne reste plus de ce temps béni où la musique adoucissait mes trolls qu'un tambour crevé, un kazou et deux baguettes que je m'empresse de saisir et avec lesquelles je me fabrique vite fait bien fait une croix que n'aurait pas renié Jean-Paul II.
- ah HAAAA ! Sors de ce corps Lucifer, montre moi ton visage et crains mon courroux !
- OH mouiiiii ! On noue à la gagare ! noui noui !
- Fiente de porc ! Par le saint sépulcre, redonne à cet enfant parole humaine ! Prend garde Satan, ma colère est divine et ça va chier !
- Hi Hi Hi mais gu'èze du di laà ? N'ai la crouill'ma !
Visiblement, la croix ne suffira pas.
Heureusement j'ai toujours sur moi un exemplaire des "belles et bonnes réformes de l'Education Nationale", que je brandis tel le Livre en récitant la litanie des Maîtres : "Darcooos ! Fillon ! Robien ! Ferry ! Allègre ! Lang ! Bayrou ! Jossssssssssspin ! ... jusqu'à Louis Gaspard Amédée Girod de l'Ain ! ( ministre de l'instruction publique du 30 avril au 11 octobre 1832, il marqua l'histoire par le scandale de... aaaaaaarrrrrgh !!! ...dont on ne parle toujours pas aujourd'hui...)"
Kévin met la main à la poche... Oh mon dieu, je le savais, c'est la fin... Voilà, adieu mes amis, mes enfants, mes fidèles lectrices et mes indéfectibles lecteurs... ce blog va se terminer si vite avant même d'avoir recueilli les nombreux commentaires élogieux qu'il méritait et que vous ne vous pressez pas de laisser bande de fainéants... (heu... même des insultes... ou des dons en espèces... un dessin ? une p'tit'chanson... vous pouvez... )
Je vais partir la tête haute, victime de ce monstre, ce délinquant en puissance, qui sort fébrilement...
...un kleenex ?
et qui se mouche.
Dans ma salle.
Sous mon nez !
Le porc !
Il le sait pourtant que je supporte pas le moindre bruit organique du genre pet, mouchage ou discours d'investiture !
Et puis c'est pas un p'tit blob, non, c'est de la grosse commission nasale, ça doit bien faire trois jours qu'il était plein, d'ailleurs ça commence à déchirer son mouchoir en papier et dégouliner entre ses doigts. Le son produit est énorme, éléphantesque, niagara ! (les chutes pas le groupe)
J'éloigne tout ce qui est fragile ou qui ressemble de près ou de loin à du tissu, les marionnettes, mon manteau, les peluches...
- Bon, ça va mieux, on joue à quoi maintenant ?
- à rien, c'est l'heure. Va, rejoins ta classe et point ne te retourne ! Va, je ne te hais point ! condescende-je, car je suis bon parfois.
- C'est déjà fini ?
- Ben oui, n'oublie pas petit : le cadre rééducatif est constitué par la salle, la pendule et MOOOOOOOOI ! Alors si je dis c'est fini c'est finiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
- Bon, ça va te fache pas ! A la semaine prochaine alors ?
- Si JE VEUX !
- Allez, détends toi Super, c'est bientôt les grande vacances.
- Je suis détendu et c'est MONSIEUR Super ! Morveux !
- Ok ! OK ! Bon, au revoir M'sieur Super.
- Mmmmm... psychananysè-je, car je maîtrise aussi la langue sacré.
- Heu... C'est tout ? y a pas de chute ?
- Oh ça va hein, c'est la rentrée...
14 avril 2008
Precilla la mutique
Precilla s'est enfermé dans un silence qu'on trouve pesant quand on est au CP, sa "maîcresse" s'en inquiète maintenant qu'il s'agit de vérifier si le poids des 75 réformes de la lecture a porté ses fruits...
Jusque là pas de blème, Precilla collait consciencieusement ses étiquettes sur le cahier rouge, mais v'la-t-y pas ô surprise qu'on se rend compte qu'on a jamais entendu le son de sa voix. Chambardement dans l'école, les collègues : "mais enfin, elle a bien du parler un peu non, au moins pour demander d'aller au toilettes ?" ben non ! ça se trouve elle a un problème urinaire en plus...
Une seule solution : Superrééduc (tsoin tsoin)
ça tombe bien, je suis dans l'école cet aprem, mais dans le bureau de la directrice à siroter un café en me cachant des schtroumpfs, passque y faut qu'ils fassent la différence entre moi, le maîîîîître G et l'enseignant de base (je ne punis pas, je ne surveille pas la récré, je ne fais pas les lacets, je ne mouche pas les nains et je n'adresse la parole qu'aux enfants qui m'ont été signalé par écrit et encore, après autorisation des parents...)
- heu... je peux te parler ?
- mmmh ?
- ben, je sais, j'aurai du remplir une fiche... mais tu sais ce que c'est...
- non.
- Ha ha ha... C'est Precilla...
- mmmh ?
- Tu vois, la petite brune aux grands yeux...
- mmmh !
- ben... elle me parle pas...
- ...
- ben oui, elle dit rien, et je me demande si elle m'a déja parlé, en fait, on sait pas si elle parle à ses copines.
- avril.
- quoi avril ?
- on est en avril.
- C'est trop tard ? C'est ça ? Mais bon, c'est ta faute avec tes conneries de "faut prendre le temps, pas les bousculer etc." tu m'as toute chamboulée aussi... alors j'ai attendu, attendu... mais bon, là, faut bien avouer qu'elle dit pas un mot...
- Tu en as parlé aux parents ? passque ça se trouve elle est muette et y zont oublié de le signaler sur la fiche de renseignement, ou alors elle parle pas notre langue et elle veut pas déranger... ou alors tout bêtement elle t'aime pas...
- ...
- ...
- Tu crois qu'elle m'aime pas ?
Et là, j'ai bien senti qu'elle avait envie d'une réponse, une seule et que j'allais encore me planter...
- ... ben... j'sais pas... p'tet qu'elle t'aime bien et qu'elle a trouvé que ce moyen... se taire... pour... heu....
- c'est ça, elle m'aime pas ! Mais enfin pourquoi ? Avec tout ce que je fais pour eux ! Tu sais c'est pas facile ! Et la directrice, elle m'aime pas non plus, et le ministre y se fout de nous, et...
- la tête alouette... aaaaaaaaaaaaah...
- Ah non ! Tu vas pas t'y mettre aussi, déja tu m'annonces que cette gamine, elle veut pas me parler parce que mademoiselle a décidé de pas m'aimer, parce que je la force à apprendre à lire et qu'elle a des problèmes surement à la maison, mais enfin j'y peux rien moi ! Oh et puis merde !
Et elle est sortie comme une furie, elle a attrapé la gamine qui jouait en récré et lui a collé une beigne.
Précilla elle a dit : "Aïe, ça fait mal maicresse !"
Alors elle l'a prise dans ses bras et elle l'a embrassé.
Pendant ce temps là mon café avait refroidit et maintenant la "maicresse" elle me parle plus...
03 avril 2008
Les copains de Kévin
Kévin a des amis.
Des amis fidèles, il y a Bryan, Steven, Byron, Jérémy et Nicolas.
Ils le regardent partir de la classe et ils aimeraient bien venir jouer aussi, surtout que je viens toujours chercher leur copain à l'heure de la dictée et qu'ils ont pas l'air orthographodépendants... D'ailleurs, ils sont suivis par mon pote maître E, que je devrais pas dire son nom passque c'est confidentiel. J'l'aime bien lui, il sent toujours le tabac froid et bon marché, un peu le cheval aussi vu qu'il a des canassons, (pis qu'apparemment y dort avec), son clebs, c'est un bâtard pur jus, il dort dans la voiture pendant que son maître prend ses groupes de forts en thème, parfois le clebard, il ouvre un oeil et il bave au carreau, alors mon copain (on va l'appeler Démosthène, c'est pas son nom mais ça fait pro je trouve) il raccourcit un peu la séquence pour aller lui filer à boire.
Les pôtes à Kévin, y zadorent Démosthène et son chien, je sens bien que Kévin il est déçu que j'ai pas une bestiole moi aussi. Alors y se venge en leur racontant ce qu'il fait en rééducation... Putain, pourtant j'lui ai bien expliqué qu'c'était confidentiel, mais à mon avis il a zappé les trois dernières syllabes. J'suis sur qu'il leur a pas raconté que je le plume systématiquement à la bataille, y doit s'inventer des victoires glorieuses lors d'affrontements de Pokémon et de fléchette, en tout cas les zotres ils ont compris (à tort bien sur) que c'était encore plus cool avec moi qu'avec Démosthène et ses mémory des sons complexes... surtout que lui il vient pendant l'EPS... N'empèche, j'aimerai autant pas lui piquer sa clientèle à Démo, d'abord passque c'est pas déontologique et pis passque ça se fait pas et pis c'est tout !
Alors, les copains de Kévin, je leur fais pas un clin d'oeil, pas un regard rien, un sphinx ! Digne représentant de la gent psychotruc, je les snobe !
Le Kévin est maintenant arrivé à la porte de la classe après avoir renversé trois chaises, écrasé un cartable et à moitié assommé Manon (je vous ai déjà dit pourquoi je suivais Kévin ?), la maîtresse commence à respirer plus librement, c'est drôle ça, sa capacité pulmonaire est proportionelle à l'éloignement du monstre... Sur qu'elle s'est préparé une dictée de derrière les fagots dont on parlera longtemps chez les cycles trois !
Bon allez, salut les copains, nous on va jouer aux billes, j'espère juste qu'il va pas en avaler aujourd'hui...
22 mars 2008
Evaluons positivement en attendant la mort
Amis enseignants, il est parfois bien difficile de valoriser Kévin... et pourtant, s'il est un enfant qui a bien besoin qu'on l'encourage, c'est lui.
Las, nos livrets de compétences ne sont décidemment pas adaptés, et quand bien même le seraient-ils, qui les lit ?
Heureusement que je suis là pour vous aider... bande de veinards...
Voici donc la grille d'évaluation spécial Kévin (pour les plus anciens d'entre nous, j'ai traduit en italique et en langage courant)
Compétences scolaires
Prend la parole sans complexe (bavarde)
S'implique fortement dans les activités motrices (cogne)
Prononce des mots de trois syllabes (au delà consulter un spécialiste)
Compétences cognitives
Expire et inspire régulièrement sans assistance respiratoire
Maintient seul une pression artérielle convenable
Fait preuve de curiosité (regarde sous les jupes de Priscillia)
Fait preuve d'initiative (trifouille sous les jupes de Priscillia)
Fait preuve de remords (fuit quand arrive le père beau-père de Priscillia)
Compétences relationnelles
Echange avec ses camarades (insulte les petits du CP)
S'implique dans la relation avec ses pairs (rackette les petits du CP)
Participe à l'ambiance générale de la classe (fait le couillon)
Compétences sociales
Participe à l'ambiance générale de l'école (fait tout le temps le couillon)
Perçoit et identifie la figure autoritaire en la personne de l'enseignant (fait chier la maîtresse)
Investit le groupe des pairs en manifestant son indépendance (coupe la parole constamment)
et voilà, si ça c'est pas du positif !
Non mais, sans dec' c'est important de souligner ce qui va bien, de féliciter et d'encourager ces enfants, sans aller jusqu'à leur adresser la parole, on aura avantage à leur lancer quelques friandises et autres croquettes dont on est friand à cet âge chez les pauvres.
17 mars 2008
L'entretien d'embauche de Kévin
Kévin n'a pas qu'un syndrome d'hyperactivité sur le dos.
Kévin a aussi des parents...
Et on a rendez-vous avant d'attaquer les choses sérieuses : la prise en charge individuelle de Kévin.
J'aime assez les premiers entretiens avec les géniteurs, y z ont la trouille, sans doute qu'on leur annonce qu'il va falloir le piquer, ou que c'est génétique ce qu'il a, y en a même qui m'appellent docteur et me demande combien ils me doivent.
Comme d'hab, j'ai pas lu la demande d'aide de l'instit ni le dossier du gamin, tout au feeling, et puis moi j'les classe rien qu'à la coupe de cheveux et là c'est un Kévin pur jus, du pur produit de la zone, une pub pour le quart monde... en les attendant j'imagine...
Ils vont arriver avec un peu d'avance au volant d'une 205 au tuning flamboyant, le papa beau père vétu de son plus beau costume Nike, la maman les bras chargés des jumelles qu'elle vient d'avoir pour, grâce aux allocs, finir de payer l'écran plat. Elle va me dire les larmes zo zieux qu'elle ne sait plus quoi faire, il était si gentil et tellement bon en maternelle, que même que la maitresse croyait qu'il était surdoué, vu qu'il écrivait son prénom en entier au Nutella(md) à la cantine.
Et puis, elle me parlera de ses problèmes à elle quand elle était petite, qu'elle aurait bien continué ses études supérieures brillamment entamées par une quatrième SEGPA où elle décrochait régulièrement les félicitations du professeur de technologie... un vieux monsieur très gentil qui lui offrait des friandises qu'il cachait malicieusement dans les poches de son bleu de travail. Et comment qu'un jour en se penchant pour ramasser une feuille d'automne emportée par le vent, elle s'était retrouvée enceinte de Kévin et qu'elle avait du sursoir à une brillante carrière d'avocate internationale pour embrasser celle, plus hasardeuse de rmiste. Puis elle enchainera sur ses déboires de mère célibataire (ben oui, c'était l'automne et y avait du brouillard), la rencontre avec Bryan sur les bancs de l'ANPE et la naissances des jumelles que depuis Kévin y refuse de travailler...
Pendant ce temps, Bryan, le héros ténébreux reniflera en rythme, ponctuant ainsi la triste histoire de sa compagne (mais ça finit bien puisqu'ils sont toujours ensemble après 18 mois...)surveillant d'un oeil sa bi-progéniture, de l'autre le Kévin toujours prêt à l'action, et du troisième, cher au Dalaï Lama, sa voiture passqu'on sait jamais...
Bon, y sont en retard...
J'aime pas ça, pis Kévin non plus, j'sens bien qu'y va falloir le museler au chewing gum si je veux pas qu'il se roule par terre comme au CP en lecture... Car j'ai un principe : les gosses je leur parle pas tant que j'ai pas vu les parents, ça serait pas professionnel... alors on attend encore cinq minutes et je me casse... sa maîtresse a l'air angoissé d'un yorkshire vu qu'elle commence à me connaitre, elle se dit qu'elle est bonne pour se le coltiner seule l'énergumène, au moins jusqu'à la fin de l'année.
Tiens v'la le toubib du patelin, j'l'aime bien, il est sympa. C'est un gars qui se la pète pas, pas du tout le genre à snober les cul terreux du coin ni nous'aut' les fonctionnaires. Pas bégueule j'vous dit, toujours prêt à boire un coup en se foutant gentiment du chaland qui passe. On s'entend bien tous les deux, on serait pécheurs qu'on irait ensemble taquiner le goujon. Me demande ce qu'il vient faire ici, ça se trouve j'ai zappé une réunion d'intégration et me v'la parti jusqu'à pas d'heures...
Et le Kévin qui lui saute au coup en criant "papa !"
Et merde, j'vais devoir changer de médecin.
