12 avril 2009
Mais qui est vraiment Superrééducateur 5- Le Deutéronome
"La Sonnerie du Collège, en tout temps tu respecteras."
"Au Très Bons et Très Saint Règlement, tu te plieras"
L'année avait pourtant bien commencé, les appréciations flatteuses se succédaient sur mes copies, des notes à l'avenant, j'avais rejoint le club de judo local afin de me prendre des peignées plus souvent et sans que mes tortionnaires fussent punis, sous le regard judicieusement noir du Senseï local...
Je me socialisais et apprenait "l'ajustement des conduites émotionnelles" comme on dit maintenant quand on est un pro et je vous rappelle que j'en suis un, non mais, quand même, il serait grand temps d'instiller de la culture et de la science dans ce blog... Aaaaaaargh, sors de ce corps Sigmund !!!
Bref, j'étais gentil tout plein, vaguement amoureux d'une frisottée qui me snobait mais m'autorisait à lui porter son cartable et à lui filer mes bonbecs.
Le fils idéal..
Jusqu'au jour fatidique de la réunion parents profs.
Ce jour là, mes parents s'étaient fait beaux, comme à l'habitude, ils s'en venaient ensemble recevoir leur brassée de louanges et comment qu'ils l'avaient bien élevé leur rejeton, et comment que l'école de la république avait su repérer et former une de ses futures élites de la recherche fondamentale pour Père... et comment que les prières incessantes de mère avaient accouché du nouveau messie rien de moins. Toujours pas de basilique pour moi, mais mes parents avaient déjà commandé les plans.
Ils venaient donc en toute confiance recevoir leur dû : les compliments sans mélange de professeurs béats d'admiration tellement fiers d'accueillir en leur classe le ce mélange d'Einstein et de Gandhi. Père bombait le torse, l'air de rien, il demandait des nouvelles de ses anciens élèves mais pour de vrai, il voulait juste qu'on lui dise du bien de MOI... Mère, plus modestement jetais des regards discrets aux parents apeurés sachant qu'elle ne craignait rien, mon auréole la protégeait des contingences bassement matérielles et de la vindicte professorale.
La prof de math avait en permanence vissé sur le visage le rictus enjoué du pitbull mono maniaque, les dents jaunies par les gitanes papier maïs, son visage semblait tout droit sorti d'un cours de géométrie, dessiné par Picasso et colorié par Cartier Bresson.
Elle regarda s'asseoir mes parents en souriant puis, en détachant bien chaque mot, elle leur déclara doucement : "Votre fils ? Mais madame, c'est un affreux jojo !"
Bon, là tout de suite en écrivant, je me dis que c'est pas terrible, mais à l'époque c'est un tsunami qui s'abat sur les godasses de mes concepteurs, une pluie de grenouilles, un orage de sauterelles, bref les sept plaies d'Egypte... " Mais comment ? mais vous devez confondre ? Mais il a toujours été poli ? gentil ? " Mère en tremblait, elle avait sorti un rosaire vite fait et enfilait des "je vous salue Marie" en boucle histoire de prendre un peu d'avance sur l'exorcisme qu'il allait falloir pratiquer incessamment sous peu... Quant à Père, il se drapait dans sa dignité outragée, grandissant à vue d'oeil, il me fusillait du regard, oublieux de son enfance à pécher les canards du voisin pendant la sieste, amnésique des nombreuses conneries de sa propre scolarité : le républicain se sentait pousser des ailes d'archange vengeur, on allait voir ce qu'on allait voir...
Le reste de la visite se passa comme dans un de ces rêves pâteux d'où l'on ne peut s'extraire "bavard, agité, insolent...", putain, ils s'étaient donné le mot ou quoi ? seul le prof de dessin (à l'époque on n'avait pas encore élevé au rang d'Arts Plastiques les miteux dessins à la perspective approximative des collégiens) trouvait un certain humour à mes "productions" (essentiellement des caricatures de la prof de math sur les tables) il faut dire qu'il picolait sévère et qu'on l'avait en fin de journée...
Quelques profs rajoutaient bien que mes résultats ne semblait pas en souffrir, à leur corps défendant d'ailleurs, ils eussent compris qu'un cancre devint insupportable ils n'admettaient pas qu'un bon élève les fit chier de la sorte...
Le retour à la maison dans la GS break qui sentait le chien mouillé se fit dans un silence qu'on qualifiera de pesant car c'est l'expression consacrée, mais c'est à peine suffisant pour qualifier l'atmosphère pour le moins délétère qui suintais à travers tous les pores de Père et Mère qui enchaînaient en silence leurs gitanes histoire d'alourdir encore un peu l'ambiance... J'osais à peine respirer et commençais à imaginer ma future scolarité en maison de correction où les parents désespérés abandonnaient leur progéniture délinquante afin qu'ainsi exposé à la vindicte populaire ils expiassent leurs péchés sous les coups de fouets d'éducateurs garde chiourmes sévères mais justes qui allaient me remettre dans le droit chemin...
Moi qui n'avais à cet instant aucun mal à imaginer une bonne dizaine de stratégies pour me venger de la prof de math j'étais bugué !J'attendais l'engueulade qui ne se décidait pas à venir.
Je ne me souviens d'ailleurs plus de ce qui s'est passé ensuite...
La semaine dernière c'était la réunion parent prof au collège de MiniSuper, mon ainé. "Bavarde et manque d'attention" qu'ils disent sur le bulletin ! p'tit con va !
J'ai pas osé y aller.
05 avril 2009
Mais qui est vraiment Superrééducateur 4- Nombres
Elle s'appelait Rosine D., mais elle nous avait demandé de l'appeler Rosine tout simplement.
C'était une prof de français sans âge; une rescapée de mai 68 qui fleurait bon le patchouli, vous savez le prétendu parfum indien qui vous décapait les narines vous privant d'odorat pour les dix minutes qui suivaient les embrassades. Elle avait des cheveux bruns aux reflets auburn (mais aux cheveux seulement, je vous en prie...) avec des petites bouclettes là et là qui encadraient un visage taillé à la serpe et des yeux vert d'eau. Elle portait constamment des robes à fleur et un énorme sac à main en toile de jute dans lequel elle farfouillait frénétiquement pour sortir son paquet de Marlboro et un vieux Zippo afin de s'en griller une dans un coin de la salle de e en entrouvrant la fenêtre pour ne point polluer nos petits poumons fragiles.
Rosine avait du cœur.
Quelques minutes plus tôt...
Le jour de la rentrée, nous étions sagement rangés dans le couloir du collège, nous appliquant enfin à faire subir aux "petits" sixièmes ce que nous avions du endurer de ces cons de cinquième pas plus tard que l'an dernier, mais c'était bien fini, c'était nous les caïds maintenant, du moins pour les nains de jardins (tous plus grands que moi ceci dit, sauf peut être Jean-Bernard, mais lui, avait eu les deux jambes coupées par un alcoolique même pas anonyme qui l'avait fauché alors qu'il traversait la départementale un matin de printemps, On était super fiers d'avoir un infirme dans notre bahut, ça faisait bien chier les profs de sixième qui devaient faire cours au rez de chaussée, même que la prof d'anglais allait en faire une dépression... elle faisait une dépression tous les deux ans, une vrai horloge atomique...)
Or donc, nous attendions paisiblement l'arrivée de cette nouvelle tortionnaire prof dont radio collège n'avait pas entendu causer vu qu'elle venait d'être nommé à Trouducland, en jouant à une version améliorée du bowling mettant en jeu nos sacs et les frêles jambes des anus sur pattes fraîchement issus du primaire. Le meilleur pour éviter les sacs c'était Jean-Bernard et ses roulettes, il était super vif malgré un manque d'entraînement certain car peu d'élèves osaient le viser de peur qu'un pion ne nous fasse payer cher de s'attaquer au fils de l'homme de fer.
J'avais découvert qu'on se fait plus facilement des amis en étant un peu moins "bon élève" et un peu plus "polisson", pour ne pas dire machiavélique sadique et un sacré salaud... En passant, s'il est bien un film moralisateur et bien pensant aux relents d'encens et de vieille poussière d'églises bien comme il faut c'est "le dîner de con" : dans la vraie vie et particulièrement dans cette jungle qu'était alors le collège le con perd toujours à la fin après avoir bien fait rire les potaches sado-moqueurs chez qui j'avais décidé de prendre mes quartiers d'hiver afin comme je le signalais plus haut (enfin plus bas, vive la logique des blogs) de bénéficier d'une protection certaine que ne pouvait offrir un physique souffreteux d'hydrocéphale plus élevé aux mamelles de la littérature qu'à celle des sports de combats...
Donc, tandis que je lançais vaillamment mon sac en prenant soin de viser les pattes des filles vu qu'elles rendaient pas les coups et que si jamais elle tombaient, j'allais enfin pouvoir voir leur culotte, moi qui n'avais pas eu la chance d'avoir une soeur et devait fermer les yeux à la plage comme nous l'a demandé notre seigneur Jésus et monseigneur Gaillot alors jeune évêque responsable de la préparation à la communion et qui hésitait à me laisser bâfrer l'hostie vu qu'il doutait de la pureté de mes sentiments envers Dieu et ses saints.
Je visais donc une petite rousse fragile quand elle tourna au coin du couloir, chaussée de ses espadrilles violettes qu'elle devait acheter en gros vu que je ne lui vis jamais autre chose aux pieds. Je revois encore la scène : au ralenti comme au cinéma, mon cerveau m'implorant de ne pas lâcher la courroie du cartable et mes doigts se détachant un par un...
La nouvelle prof de français fit ainsi connaissance des cinquièmes D et de votre serviteur.
J'articulais laborieusement une excuse bidon "heuuuu, d'solé m'dame, l'ai pas fait exprès", le monde s'écroulait, j'allais être renvoyé : à l'époque le crime lèse-prof était passible de l'exclusion à vie du système avec émasculation et avenir certain à l'usine ou pire : le pensionnat jésuite... Je flippais donc ma mère comme on se plaît à l'énoncer en nos vertes et riantes banlieues...
Alors elle me regarda dans les yeux, se baissa et ramassant mon sac, me le tendit en souriant : "Mais bien sur, je me doute que tu n'as pas fait exprès, tu es un gentil garçon, ça se voit dans tes yeux..."
Comme je l'ai aimée à cet instant !
Elle nous a fait rentrer et nous a dit de nous asseoir où on voulait ! Je me posais au fond, mais la place que je voulais moi, c'était dans une autre pièce, une autre école, un autre pays et si y'avait des postes sur le vaisseau Enterprise j'aurais volontiers posé mes fesses dans une autre galaxie.
Elle nous a tout de suite mis à l'aise en nous demandant de la tutoyer et de l'appeler Rosine, au risque de forcer le trait "vieux con" c'était impensable à l'époque... On y était, la révolution était en marche et mon monde s'effondrait, où allait-on si on se mettait à tutoyer le prof ! Elle a continué en nous expliquant qu'on allait faire ensemble le programme, qu'on était solidaire et qu'on allait avancer ensemble ! Je me décomposais ! La solidarité maintenant ! Et pourquoi pas le travail d'équipe !
Heureusement le masque se fissura quand elle nous fit remplir La Sainte Fiche que tout collégien a du recopier des milliards de fois au moins dans sa scolarité avec nom, prénom, profession des parents et quoi-t-est-ce donc que vous voulez faire plus tard quand vous serez grand...
Cette fois-ci je m'inventais un père pasteur évangéliste, une mère au foyer comme Jeanne d'Arc et sept frères et sœurs, quant à ma future profession; j'expliquais hésiter entre militaire de carrière et alors prof de français si la grande famille de l'armée française ne voulait pas de moi !
Ça la fit rire !
Quand elle ne fumait pas ses clopes en regardant au loin, elle nous parlait de François Villon et de Boris Vian. J’étais le seul à la vouvoyer mais j'avais de plus en plus de mal... elle ne respectait ni l'orthographe ni sa hiérarchie au point qu'elle quitta l'éducation nationale aux environs de Pâques... , les autres s'en plaignirent un peu mais sans plus, les parents furent bien rassurés et sa remplaçante rattrapa le temps perdu a grands coups de dictées même pas préparées, la syntaxe y gagna ce que perdit la poésie.
Je me mis à détester la remplaçante avec beaucoup de facilité, il me serait d'ailleurs impossible de me rappeler son nom ni sa tronche...
Quant à madame D. nous n'eûmes plus eu de nouvelles, elle ne chercha pas non plus à savoir ce que nous devenions, ni même moi qui pourtant m’étais acharné à lui écrire des rédactions du feu de dieu toute l’année !
Elle a du m’oublier.
Salope.
31 mars 2009
Mais qui est vraiment Superrééducateur 3- Le Lévitique
"Au royaume des aveugles les borgnes sont rois" : élevé dans le respect du pape et de notre sainte mère l'église, je fus nourri aux citations bibliques aux messages subtils et encourageants...
"Au royaume des aveugles les borgnes sont rois"... celle là me fut servie et resservie régulièrement quand on pensait que ma tête menaçait d'imploser...
"Au royaume des aveugles les borgnes sont rois"... j'avais appris à lire trop tôt, sans que Mère y fut pour grand chose, énorme avantage des cours multiples j'écoutais les leçons de "grands" et comme ils étaient "aveugles" les leçons étaient sans cesse répétées lentement et en articulant bien... Je pris donc l'habitude de répondre à leur place et fut vite convaincu de précocité, en bon "borgne", on me fit "sauter" quelques classes.
A l'époque où les surdoués n'étaient pas encore des enfants "différents avec des problématiques pouvant entraîner un échec scolaire", mais juste des bons élèves qui faisaient chier le monde parce qu'eux-mêmes s'emmerdaient royalement, je me retrouvais immature au possible et haut comme un prépuce devant le portail vert vomi du collège.
J'étais petit, vêtu exclusivement de bleu marine en l'honneur de la vierge Marie et du souvenir maternel et ému des fiers militaires aux pompons rouges..., pas fâché de découvrir le monde moi qui n'avais connu que le giron familial, l'école se trouvant dans la cour de notre maison ou la maison dans la cour de notre école.
Les autres élèves m'appelaient "Racho", et même si j'en craignais certains, j'arrivais vite à monnayer une virile protection contre des services rendus en maths et français... Ma lâcheté s'accommodant fort bien de la présence rassurante de brutes épaisses et faciles à soudoyer.
Très vite, je pris conscience de la différence entre le collège et ma précédente situation : alors que mes parents entretenaient un semblant de protocole en demandant que je les vouvoie, je savais bien qui ils étaient et les respectaient comme monsieur curé me l'avait appris afin de ne pas faire pleurer le petit Jésus dans sa crèche.
Les profs par contre n'avaient pas cette aura imposée par l'usage et les bonnes manières, et tout de suite je les détestais.
Tous.
Même le prof d'art plastique, même la gentille et fofole prof de français, même le sévère prof d'histoire...
Je compris alors qu'il y avait deux clans : les grands cons qui savaient, et les petits cons qui ne savaient pas encore.
Je me trompais : certains grands cons ne savaient pas grand chose, certains petits cons ne sauraient jamais rien.
Je pensais le jour de la rentrée de sixième pénétrer un temple du savoir et de la connaissance, j'aurais été l'élève rêvé des cours de pédagogie : celui qui se pose des questions et recherche la transmission, qui demande à ce qu'on le nourrisse aux mamelles des sciences et de la littérature réunie.
Je découvris très vite que la bibliothèque du collège était aussi peu fournie que le bibliobus qui sillonnait la campagne et surtout qu'apprendre et réfléchir était rarement compatible avec scolarité au sein de la grande famille de l'éducation nationale.
Je m'aperçus également que certains profs ne m'aimaient pas, j'étais petit, aimable, le premier à lever le doigt, je n'avais que des bonnes notes et pourtant ils ne m'aimaient pas.
Les cuistres.
Une telle inconséquence était, vous en conviendrez, une terrible faute de goût.
Non qu'à l'époque je demandasse qu'on me bâtit une basilique, mais j'eusse aimé un tant soi plus de considération, ou à la rigueur une chapelle et encore, même pas Sixtine.
Mais non, ces rustres préféraient les enfants moyens, ceux qui profitaient bien gentiment de la pédagogie de haute volée, la mécanique de précision : celle qui ajuste le neurone au profil rêvé du pédaguigui pédagogo, ceux qui comprenaient doucement.
Je m'emmerdais...
Un an.
Poliment.
Puis je testais l'insolence et cessais définitivement :
de m'ennuyer...
d'aimer mon prochain comme moi même, je me mis à me préférer...
La misanthropie me tandis ses bras doux et lisses comme le crane du cancéreux après sa chimio, je m'éloignais du monde et me mis à léviter.
C'était décidé, je serais moine tibétain où rien.
OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOhmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm.
25 mars 2009
Mais qui est vraiment Superrééducateur 2- L'Exode
Du brouillard de ma mémoire précocement agacé par un alzheimer précoce puisqu'il commença dès mes 20 ans, me reviennent quelques prénoms d'anciens élèves de l'école primaire où officiaient mes parents.
Ces élèves étaient en quelque sorte des fils rouges de la communale puisqu'ils y passèrent les seize premières année d'une vie autrement remplie de vins et spiritueux divers.
A cette époque l'éducation spécialisée en était à ses balbutiements et les parents honteux cachaient leurs tarés en ville tandis qu'à la campagne où nous vivions, le légume était accueilli à l'école à l'instar de toutes les autres victimes du syndrome d'alcoolisation foetale qui formaient alors le gros du troupeau du village de ... que je ne citerai pas pour que persiste un doute sur mon identité véritable et m'éviter ainsi les regards torves et méprisants des habitants de ...
Or donc, il arriva à Mère de garder une de ces cucurbitacées répondant si on parlait fort et lentement au nom de Yvon dans sa classe de GS-CP-CE1 jusqu'à l'âge de 12 ans, où il passa brillamment chez Père qui encadrait les CE2-CM1-CM2, là, il y resta jusqu'à ses seize ans où il rejoint la coopérative sucrière en tant que testeur de fermentation.
Yvon grandissait lentement, mais tout de même il nous dépassait tous d'au moins deux de ses têtes d'hydrocéphale. Il maîtrisait relativement bien le langage pour peu qu'il fut exclusivement composé de voyelles, mais ne semblait pas se décider à apprendre à lire et à compter au delà de un.
Son père était voleur de métier et de vocation, il circulait la nuit en mobylette avec une petite cariole et allait piller les résidences secondaires de parisiens nantis qui venaient ici respirer le bon air et la bouse en fin de semaine. Souvent, il n'allait pas plus loin que la cave et le cambriolage s'éternisant, finissait par se faire attraper par une maréchaussée finalement bienveillante qui le mettait à décuver quelques jours en taule.
Notre Yvon en profitait alors pour vivre quelques jours d'école buissonnière en attendant que Père vint le chercher par la peau du cul au taudis familial afin de le ramener sous les bons hospices de Jules Ferry convaincu de la haute et bienveillante responsabilité de l'école laïque, républicaine gratuite et tout et tout dans l'avenir radieux de ce futur énarque, tandis que Mère priait pour le salut de son âme et essayait de le pistonner auprès du curé afin qu'il devint enfant de choeur et soit ainsi plus prés du bon dieu qui pourrait montrer un peu plus de considération envers ses ouailles surtout les simples d'esprit comme on dit dans les zécritures..
Quand son abruti de père sortait de taule, il s'empressait d'engrosser son épouse et de foutre une rouste à son rejeton pour lui apprendre le respect de l'école que lui il aurait pu avoir le certificat si on lui avait donné sa chance, mais personne avait voulu, Yvon acceptait bien volontiers les remontrances outrées du caramboleur en articulant des "hanhans" du mieux qu'il pouvait.
A l'automne, Père nous amenait aux champignons en sortie pédagogique, les élèves par groupe de quatre, la consigne simple de ne ramasser que les gros trucs avec de la mousse et pas des lamelles et interdit de faire risette aux sangliers et aux pédophiles (qui n'étaient pas à la mode alors)
Il s'installait alors les pieds dans l'eau et surveillait du coin de l'oeil son petit monde et surtout les truites qui frayaient dans le ruisseau, quand je vous dit qu'instit chez les ploucs c'était pas une sinécure...
J'étais souvent dans le groupe de Yvon, il grimpait aux arbres comme un singe et bouffait des glands pour nous faire marrer, nous, en sympathiques garçons campagnards quelque peu bourrus, on profitait d'une de ses escapades aériennes pour se barrer et se planquer, on l'observait alors qui gémissait nos prénoms désemparé qu'il était et persuadé surtout qu'il allait s'en prendre une de nous avoir perdu. Parfois on lui jetait des bâtons et des petites pierres, pas tant pour lui faire mal que pour le terrifier, il poussait alors des hurlements enchanteurs.
Pour le coup, c'est nous qui prenions une volée. Le courroux de Père se nimbait d'une juste colère : "Vous allez arrêter de l'faire chier ! Vous voyez bien qu'il est naze ! Et toi Yvon, ta gueule ! Tu fais fuir les truites !"
Ainsi au fil du courant filaient les reflets argentés que nous ne mangerions pas ce soir, Yvon et peut être nous aussi nous sentions un peu responsable de l'exode des poissons vers ce que nous pensions être la mer des sargasses à l'époque où la biologie et nous ça faisait huit...
Père levait alors son bâton, fendait la rivière séparant les eaux et nous re-traversions le Jourdain afin de retourner à l'école par les champs, en groupe de 4 solidarisés par les coups de pieds au cul salvateurs de la justice divine.
Nous rentrions en classe.
20 mars 2009
Mais qui est vraiment Superrééducateur 1- La genèse
Je vins au monde un jeudi, unique fruit d'une institutrice consciencieuse qui ne se serait sûrement pas permise d'accoucher un autre jour. (cher Kévin apprends donc qu'en cette époque bénie et lointaine, le congé hebdomadaire était le jeudi, jour du manège enchanté)
J'aimerais dire que j'eus une enfance malheureuse et que je n'en sortis que grâce à la force de mon caractère et à un cirque itinérant qui passait par là et m'entraîna dans de folles aventures, m'obligeant à voler pour eux jusqu'à ce que je m'enfuisse et les dénonce à la maréchaussée (les gens du voyages étant tous des voleurs et des brigands avec leurs guitares, leurs bandanas et leurs clichés...).
Las, mon enfance fut rien moins que banale à tendance chiante, parsemée ça et là de quelques moments festifs où je dépiautais des fourmis après les avoir brûlées à la loupe comme me l'avait appris mon papa.
Point besoin d'un autre essai après m'avoir eu, me fut donc épargnée la honte d'avoir un frère où une soeur : sages qu'ils étaient mes parents surent se contenter de m'offrir un chien, de race bien entendu, c'était un noble setter irlandais qui répondait (parfois) au nom d'Ulysse, n'acceptait d'ordre qu'en gaéllique et bavait copieusement sur mes cheveux bouclés pendant les longs voyages nous menant sur les lieux de nos villégiatures estivales.
Mes parents officiaient dans une école publique, où mère faisait en cachette brûler des cierges en demandant au Seigneur de lui pardonner d'avoir épousé un rustre ça se trouve franc maçon qui dissimulait sous un physique agréable les cornes d'un suppôt de Satan anticlérical qui allait sans doute lui faire regretter de n'être pas rentrée dans les ordres comme son statut de cadette l'aurait voulu. Hélas, le regard tombant d'épagneul breton (dont j'ai hérité du coté droit celà dit, merci papa) lui avait fait perdre la tête et boum, la voilà loin du manoir familial durement gagné pendant l'occupation... à enseigner les taches ménagères à une classe de 49 élèves au QI cumulé de 112 car à l'époque les crétinettes campagnardes avaient droit (et devoir) à l'école ménagère jusqu'à ce qu'elles trouvent un mari ou un curé dont elles seraient la bonne pour les plus moches d'entre elles.
Mon père s'était retrouvé là après ses "colonies" : deux ans passés au soleil de Dakkar à attendre qu'on oublie de lui rappeler la guerre d'algérie où il n'avait pas, mais alors pas du tout l'intention de donner son corps ni son cul.
Habitué qu'il était à alphabétiser le tirailleur, il s'était retrouvé en Normandie à prêcher la bonne parole laïque à des culs terreux tentant pour la cinquième fois le certificat d'étude qu'on arbore fièrement de nos jours pour montrer à ces p'tits jeunes qu'à l'époque c'était quec'chose le respect de l'école.
Ils s'était donc rencontrés à une conférence pédagogique où comme maintenant on s'emmerdait, en bon fils je n'ose imaginer ce qu'ils se dirent et firent, toujours est-il que me voilà.
Je fus des lors élevé dans le respect de la religion, de l'état et de l'autorité bienveillant et conjointe du pape et du parti socialiste, j'appris à lire les saintes écritures et hara kiri.
Mère m'enseigna la lecture, Père les conneries autour, de cette époque je n'ai grand souvenir, à leur grand dam l'école primaire me glissa dessus comme un pet sur de la toile cirée, mon respect profond pour mes vieux chers parents me laissant penser que j'y pris quelque plaisir, bien que confusément il me semble tout de même me rappeler m'y être bien fait chier...
