Anne-Elizabeth n’est pas belle.

Mais alors pas belle du tout.

On peut même affirmer qu’elle est moche.

Très.

Et même si tous les gouts sont dans la nature, on ne peut tout de même l’accuser de tous les maux. (la nature)

Anne-Elizabeth n’appartenant ni au règne végétal, ni minéral, on peut supposer qu’elle possède quelques gènes en commun avec miss France, mais bon, on a du mal à y croire.

Dieu étant un rigolo, on pourrait penser qu’Il lui a donné une intelligence supérieure, une sensibilité exquise ou la voix de la dame à l’aéroport qui t’érotise un charter pour Lourdes en moins de deux, mais non. Il devait être un peu fatigué le jour où un chétif spermatozoïde que nous appellerons A fusionna en cet impressionnant ovule que nous nommerons Sophie en hommage à la comtesse de Ségur. De cette union naquit 7 mois et demi plus tard un concept gluant que des parents éperdus d’admiration pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la merde (copyright P Desproges, je cite mes sources moi...) prénommèrent immédiatement Anne-Elisabeth pour conjurer le sort.

Ah, oui, en plus elle sent, je vous le donne en mille : fort ! Sa maman a toujours tenté de le camoufler sous des parfums délicats, mais ils tournent et une vague odeur de renfermé la suit telle une tumeur, fidèle compagne qu’on n’oublie jamais tout à fait.

Non contente d’être laide, AE n’aime personne, ni les enfants, ni ses parents, ni les enseignants.

Et comme les enfants sont méchants (et oui, ma pauv’dame, on n’est pas chez les télétubbies), ils évitent Anne-Elizabeth comme la peste, c’est pas au point de lui jeter des cailloux vu qu’y a pas de cailloux dans la cour, mais il se font passer des p’tits mots avec de jolis dessins qui racontent en quelques traits maladroits toute l’estime qu’ils lui portent. Pour pérenniser leurs œuvres, les CM2 ont tagué la porte des chiottes des garçons, on y voit Anne-Elizabeth : sa vie ses œuvres, toutes ses classes, les évènements marquants « AE pue la mor »  « AE et la pou belle de l’école » (celui-ci est pas mal, on y reconnait AE à côté des poubelles, les mouches fuiant les ordures comme un seul homme pour tourner autour d’elle) « AE aime Kévin » (là Kévin, il s’est sacrément fâché)

Et comme les adultes sont plutôt cool dans cette école, ils acceptent de lui parler, mais bon, plutôt dehors et quand il ne fait pas très chaud. Et comme ils sont taquins, quand y a un remplaçant on lui envoie Anne-Elizabeth le chercher dans la salle de la photocopieuse, là ou c’est tout petit et renfermé… et on rit sous cape, ya des moments j'te jure !

Moi, vous me connaissez, délicat comme moi y’en a pas deux…

On m’en parle depuis un moment déjà, ou plutôt on m’en vomit : plein le joli pull tricoté à la main par ma tendre et chère, et "est-ce qu’on pourrait pas faire quelque chose ? lui parler ? ", mais moi à par passer sa classe au grésil comme dans les écuries ben non j’vois pas…

Et puis, j’ai ma déontologie, je prends pas ce genre de signalement ! Après tout, elle a pas de difficultés scolaire non ? Bon, une estime de soi moyen moins, d’accord, mais ça rejaillit pas sur sa personnalité d’élève depuis longtemps ! Alors je botte en touche (tiens on dirait une contrepèterie, mais non)

Allez, c’est pas si grave, maintenant que c’est le printemps, on va pouvoir laisser les fenêtres ouvertes pendant les conseils de cycle (définition pour les moins enseignants d’entre vous : un conseil de cycle c’est pas quand le marchand de vélo vous propose le bleu passqu’il est assorti à votre pull rayé, non, c’est comme la réunion de chantier mais avec les zinstits)

 

 

Quant à ses élèves…