- Tu vas voir, il est bizarre...

Ah oui, c'est vrai, il l'est...
bizarre.

Nicolas, que nous appellerons Kévin pour préserver son anonymat, quoiqu'il m'étonnerait beaucoup qu'il lise ce papier, Kévin, donc, parle à la poubelle qui est près du bureau : la jolie corbeille tressée à la main en plastique noir, sans doute par un enfant gâté au Pakistan (quand on mange, on est gâté, n'en déplaise à sœur Emmanuelle)
Enfin, quand je dis parle, il chuchote, car Nico Kévin est bien élevé (décidément, Kévin ça va pas , appelons le Chrisostome, ce sera plus simple...)! Il ne voudrait pour rien au monde interrompre la classe, d'ailleurs la poubelle lui a bien dit que si il gênait la maitresse, elle serait obligé de l'avaler tout cru. (la poubelle, pas la maitresse, et lui, pas elle, suivez un peu dans le fond !)
Donc Chrisostome discute avec la poubelle, en fait il négocie, pensez : il a pas envie de se faire avaler tout cru par une poubelle pakistanaise, et c'est pas parcequ'elle est pakistanaise car Chrisostome n'est pas raciste.
La preuve, il s'entend super bien avec ses crayons de couleur.
Sauf le vert.
Mais lui c'est un bêcheur.
D'ailleurs ses crayons, il les sort sur sa table pour les aérer (qu'il dit, en vrai c'est pour pas qu'ils s'ennuient dans sa trousse...)
L'autre poubelle du fond de la classe, elle est moins vache que celle du bureau, mais c'est parce qu'elle est près de la porte, ça se trouve elle cherche à s'évader.

Chrisostome a six ans et un bonnet qui en n'en a que deux mais qui sait super bien lire, il sait que s'il le garde sur la tête le matin, il apprendra à lire lui aussi.
Pis a écrire aussi.

Mais pas avec le crayon vert.